D’une autre Afrique possible...

Jeudi 4 décembre 2008, par RODADDHD // Actualités du RODADDHD

La porte se referme sur la 5ème édition du Forum Social Africain, qui s’est déroulée la semaine dernière à Niamey au Niger. Forum nigérien et actuel, les réflexions et innovations qu’il a suscitées continuent de flotter quelques jours encore sur la ville, et, espérons-le, encore longtemps sur la dynamique des Forums Sociaux Africains.

Après Bamako (2002), Addis abeba (2003), Lusaka (2004), Conakry (2005) et une pause de deux ans, c’est Niamey, largement repeinte aux couleurs des affiches du FSA, qui accueillait cette année « l’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation néolibérale » avec beaucoup d’entrain et d’ambition. Notable, la mobilisation des Nigériens, notamment de citoyens et paysans, hommes et femmes, de « l’intérieur du pays », apporta une touche nouvelle aux habitués des Forums Sociaux, majoritairement urbains et militants souvent « professionnels ».

Du 25 au 28 novembre, les salles du Stade Général Seyni Kountché, du Palais des Sports et de l’Académie des Arts Martiaux avaient été rebaptisées aux noms d’illustres leaders, martyrs, artistes et autres hérauts du continent africain (de Kaocen à Ki Zerbo et de Lumumba à Sankara en passant par Myriam Makeba ou Sembène Ousmane) avant d’être transformées en autant d’espaces de débats, de « convergence et de solidarité » pour la construction d’autres Afriques possibles.

A travers les plénières et les nombreuses activités organisées par les participants eux-mêmes, cette 5ème édition du FSA a permis d’apporter un éclairage spécifique à plusieurs thèmes récurrents des Forums Sociaux. Il s’agissait en particulier de la transparence des industries extractives, sujet qui recueille un écho singulier au Niger en cette période de ruées vers l’uranium et le pétrole, du rôle de la Chine en Afrique, lié au précédent, du changement climatique, et du thème de la démocratie et de la corruption. Les Accords de Partenariat Economique, un sujet d’actualité s’il en est, puisque ces accords sont toujours en cours de négociation entre l’Union européenne et les pays de la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique, ont également fait l’objet d’une attention soutenue, de plusieurs tables-rondes et de nombreux échanges.

Le campement Frantz Fanon de la jeunesse, basé au stade municipal de Niamey, a réuni la jeunesse « consciente » de l’Afrique de l’Ouest, au sein de laquelle une majorité de lycéennes, lycéens, étudiantes et étudiants nigériens, autour de débats et de discussions très animés portant sur le rôle de la jeunesse africaine dans les sphères politiques, sociales, éducatives, économiques, environnementales, culturelles, citoyennes et militantes !

Innovation nigérienne, l’Académie des Arts Martiaux a accueilli le « Forum sur la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation au Sahel », un espace particulièrement approprié dans le contexte de la crise alimentaire mondial, auquel ont pris part de nombreux paysans et paysannes nigériens. Les intervenants (membres de la Plate-forme paysanne du Niger, de MOORIBEN, d’Alternative, chercheurs de l’Université de Niamey, et autres experts et militants de la sous-région) ont longuement débattus, notamment en djerma et en haoussa (une initiative salutaire dans ce Forum Social Africain trop souvent accaparé par le français et l’anglais), du droit à l’alimentation, de la souveraineté alimentaire, du rôle des femmes face aux crises alimentaires, de l’insidieuse menace des OGM, des accords de libre-échange, de la crise du pastoralisme, etc.

L’ancrage nigérien de ce FSA s’est également ressenti à travers plusieurs activités portant notamment sur la question de l’esclavage, sur celle, très actuelle, de la liberté de la presse et de la dépénalisation des délits de presse en Afrique, sur les actions et mobilisations contre la vie chère et sur l’éducation primaire, un thème sur lequel nombre d’organisations de la société civile nigérienne sont mobilisées.

Le RODADDHD, de son côté, a organisé, conjointement avec le REPAOC (Réseau des Plates-formes nationales d’ONG d’Afrique de l’Ouest et du Centre), un séminaire programmatique très couru, portant sur l’agenda international sur l’efficacité de l’aide publique au développement et intitulé « Après Accra, quelles préparation et quelles perspectives pour les OSC francophones pour Beijing 2011 ? ». Ce séminaire des organisations de la société civiles francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre avait pour objectif la déclinaison d’une stratégie d’action régionale des OSC en vue de la conférence de Beijing sur l’efficacité de l’aide. Les participants venus du Niger mais aussi de plusieurs pays de la sous-région (Burkina Faso, Mali, Bénin, Togo, Sénégal, Guinée et Tchad) ont posé les bases des différents travaux au niveau national, des concertations sous-régionales et continentales et du mouvement international qu’il convient de mettre en place pour que la voix des organisations de la société civile du monde entier et de l’Afrique de l’Ouest en particulier soit entendue et prise en compte lors du rendez-vous de Beijing, prochaine conférence internationale destinée à évaluer la mise en œuvre de la Déclaration de Paris. A ce stade, le REPAOC et ses membres sont convenus de :
- Assurer un suivi sur la réalité de l’aide pays par pays d’ici 2011
- Adresser une lettre à chacun des ministres compétents sur le suivi de la déclaration de Paris
- Capitaliser sur les informations produites par l’ensemble des organisations civiles de la région afin de développer les connaissances, voire former les homologues de la sous-région
- Mener des études d’impact sur l’impact de l’APD sur 3 pays parmi les 8 que compte le REPAOC
- Rendre publiques les conditionnalités qui accompagnent l’APD sur l’ensemble de la CEDEAO
- Réaliser un audit au niveau sous-régional de la dette au niveau de la CEDEAO voire de l’UMEOA

Le compte-rendu de cet atelier sera très bientôt disponible ici même et sur le site du REPAOC.

Quelques difficultés logistiques, plusieurs activités déprogrammées, sans lesquelles un forum ne serait jamais tout à fait un Forum Social, et la relative faiblesse de la participation des délégations du continent (notamment des pays anglophones) n’ont heureusement pas affaibli la richesse des débats et l’engagement des participants à lutter et à débattre pour poser, encore et toujours, les bases d’autres Afriques possibles.

Plus d’informations sur le FSA de Niamey ici